mémoires

à mi-chemin

"La photographie fait exister l'histoire, l'évènement historique." 

Walter Benjamin

 

 

Cette série A mi-chemin est issue d'une commande du Musée d'art Hyacinthe Rigaud de Perpignan en 2019 pour le 80ème anniversaire de la Retirada (exode des républicains espagnols fuyant la dictature franquiste en 1939).

Elle aborde le thème de la figure tragique de l'exilé.e à travers le temps et l'histoire.

Le principe des œuvres est la confrontation d'un exil passé (La Retirada) qui a marqué durablement le région Occitanie avec un exil contemporain (les Rohingyas de Birmanie). 

 

paris-art.com

 

Projet lauréat de la Bourse d'aide aux projets mémoriels 2019 de la Région Occitanie

 

Les photographies utilisées dans la série A mi-chemin sont de Manuel Moros (républicains espagnols en exil, Port-Vendres, 1939) et de Vincent Trémeau (Rohingyas de Birmanie exilés au Bangladesh, camp de Kutapalong, 2018).

Entre-temps, 2018-2019, impressions laser marouflées sur portes à âme alvéolaire réutilisées, découpées, partiellement vidées, cales bois, 202x 292x30cm.

 

 

 

Pour Walter Benjamin, l'historien est "un prophète qui regarde en arrière" et l'histoire "une suite de fractures et de recommencements...".

 

Dans cet assemblage photographique l'artiste confronte et croise 2 drames historiques, 2 exils espacés dans l'espace et dans le temps : la Retirada - exode des républicains espagnols en 1939 - avec celui des Rohingyas de Birmanie réfugiés au Bangladesh depuis 2018.

Les images du passé (Retirada) sont marouflées en arrière plan des zones découpées et évidées des portes. Celles d' actualité (Rohingyas) sont collées en partie avant des supports.

Le principe constructif de l’œuvre (rupture-continuité de la composition, enchâssement de certaines images dans d'autres)  tend à niveler les temporalités et à signifier qu' au delà des faits historiques, de leur spécificité il y a une sorte de répétition de l'histoire, de retour en arrière, de recommencement permanent.

A mi-chemin, 2019, cageots, images photographiques impression laser marouflées sur cageots, pièces de bois, dimensions variables.

 

 

 

"A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot."  Francis Ponge

 

Le cageot est associé au transport de marchandises et c'est souvent un objet de rebus que l'on abandonne facilement dans la rue.

L'exilé est souvent traité comme une marchandise et livré à lui même, abandonné par la société.

Nous autres 1, 2018-2019, fenêtres bois et PVC récupérées, châssis et coffrage en bois brut, images photographiques impression laser marouflées sur contreplaqué, dimensions variables.

 

 

Dans ces pièces l'accent est mis sur les gestes et les mains de ceux qui débarquent privés de moyens mais les visages ne sont pas visibles, ils sont hors-champ. Le hors-champ parle de l'exclusion, de ce que l'on ne veut pas voir et ici de la non-existence sociale des exilés.

 

Pour le titre de ces œuvres l'artiste s'est inspiré du livre d 'Annah Arendt:  Nous autres réfugiés  paru en 1943 et traduit en français en 2019.

 

exil(s)

Installation vidéo sur l'actualité et la mémoire de l'exil, 2018

Co-création Philippe Domergue / Eric Villagordo

 

Des séquences filmiques d'exils sont projetées simultanément sur un ensemble d'écrans disparates (murs, plaques, bâches). Ces extraits de films montrent des exils très éloignés géographiquement et historiquement (Retirada, Rwanda, Syrie). La perception simultanée des séquences renvoie à la notion de constellation. Ici pas d'image monumentale, pas de grand écran unificateur,  mais des supports morcelés, éclatés, en bribes, comme la mémoire des exilés. Comme ces notes minuscules et fragmentaires de Walter Benjamin qui se demandait comment écrire l'Histoire, l'histoire des damnés.

 

Projet lauréat Bourse d'Aide à la Création DRAC Occitanie Ministère de la Culture 2011

Exil(s), 2018, extraits filmiques de la Retirada et d'exils actuels projetés en mode aléatoire, 6 vidéos projecteurs et lecteurs dvd, matériaux récupérés : palettes, pièces de bois, plexiglas, bâches, fragments de couvertures de survie, dimensions variables.

Couvent des Minimes, Chœur de la Chapelle Basse, Perpignan

 

 

Un radeau au sol, constitué de palettes, cartons, sacs plastiques (matériel et objets de rebut utilisés par les réfugiés pour se protéger).

Le radeau est positionné et se présente par son angle, comme dans le tableau de Géricault (Le radeau de la Méduse). Il est surmonté d'un mat et d’une bâche de chantier éléments constitutifs des habitats de survie.

Dans l'installation ces éléments disparates servent d'écrans de projection des séquences vidéos et incarnent la présence instable des exilés.

mémorial retirada

 "Honorer la mémoire des anonymes est une tâche plus ardue qu'honorer celles des gens célèbres."   Walter Benjamin

La série Mémorial Retirada (réalisée entre 2009 et 2013) est une réappropriation plastique des photographies prises par Manuel Moros lors de La Retirada en 1939. En découvrant ces photographies en 2008, Philippe Domergue ressent le besoin de perpétuer la mémoire de ce drame. Il cherche alors à donner à ces photos une dimension architecturale, monumentale avec la volonté de bâtir des images "durables", capables de résister au temps et à l'oubli.

Expositions "MEMORIAL Retirada" : La Poudrière Perpignan, 2009 / IUFM Montpellier, 2011 / MUME Musée Mémorial de l'Exil, La Jonquera Catalogne-Espagne, 2013.

 

Eudald Camps. Philippe Domergue: Historia i Fragment


Mémorial Retirada 1, images photographiques marouflées sur planches de bois brut, ossature bois, planche vieillie, 200x585x40cm.


Mémorial Retirada 2, images photographiques et papier marouflés sur planches de bois brut, ossature bois, planche vieillie, 360x290x40cm.

Mémorial Retirada 3, images photographiques marouflés sur planches de bois brut, 200x400x40cm.


fulgurations

 "Une image dialectique est ce en quoi l' Autrefois rencontre le Maintenant, dans un éclair, pour former une constellation".

Walter Benjamin

Fulgurations est l'ensemble des essais, des esquisses qui ont abouti à l'installation vidéo Exil(s) de 2018. C'est la concrétisation des recherches menées par Philippe Domergue et le sociologue Eric Villagordo de 2010 à 2013 sur la question de l'exil comme phénomène récurrent, drame historique perpétuel. Un travail qui s'est avéré prémonitoire aux vagues migratoires qui se sont multipliées, intensifiées à partir de 2013.

 

Projet lauréat Bourse d'Aide à la Création du Ministère de la Culture, DRAC Occitanie, 2011

Fulgurations 1, 2011, bois fragmenté (recouvrant le sol), plaques d'aluminium composite, images vidéo d'exils passés et actuels, 2 vidéoprojecteurs, ordinateur, dimensions variables.

Vidéo Olivier Moulaï



Fulgurations 2, 2013, bois fragmenté, plaques de plexiglas récupérées, images vidéo d'exils passés et actuels, 3 vidéoprojecteurs, dispositif et dimensions variables.

retirada 1939>1999

"Du sable, du sable, du sable,

Des barbelés sur la plage.

La mer comme une amande verte

Montre sa bouche amère."

Manolo Valente, poète interné aux camps d'Argelès, du Barcarès et de Bram.

 

Création in situ pour le 60ème anniversaire de la Retirada, El Mediator, Perpignan, 1999.

Commande du Mediator -Scène conventionnée pour les arts croisés- dans le cadre de l'évènement "1939>1999 Retirada Paroles d'artistes".


Sans titre, installation photo volumétrique : images photographiques issues d’archives marouflées sur parois murales et mobilier.

Espace accueil-billeterie du Mediator, scène conventionnée pour les arts croisés, Perpignan, 1999.

argentine enfants disparus

« Pendant la dictature argentine (1975-1983), la pratique des bébés volés fut érigée en système : la junte enlevait et séquestrait des femmes enceintes puis, après l’accouchement, les tuait et s’appropriait leurs enfants, considérés comme « butin de guerre ». Les nouveaux nés étaient ensuite confiés à des familles idéologiquement proches du régime.

Longtemps les parentes des disparues, réunies dans l’association des Grands-mères de la place de Mai, ont lutté seules, dans l’ombre, pour réunir des preuves et tenter de retrouver leurs petits-enfants. Il a fallu attendre 2012 pour que s’ouvre enfin un procès historique pour « vol de bébés, plan systématique d’Etat et crimes contre l’humanité », mettant en cause 2 anciens présidents. »  

Hélène Marzolf  - Argentine, les bébés volés de la dictature - Télérama 13/03/2013

 

 

 

Création visuelle dans l'espace urbain, Perpignan, octobre 1988.

Manifestation de soutien pour les « Mères de la place de Mai »

 

L'intervention consistait à exposer dans la ville des agrandissements en photocopie de portraits photographiques d’enfants disparus (volés par la dictature) pour les rappeler à la mémoire collective. 

Au cours du processus de copies successives, l’érosion des images produisait la disparition des visages. Paradoxalement plus leur taille augmentait, plus les visages paraissaient diminués, effacés, distants...


Argentine enfants disparus - étude 1, 1988, photocopies en chaîne découpées et collées sur papier, 30x40cm.

Portrait de Monica, 1988, photocopie laser grande largeur sur papier, 70x100cm.


Dans un autre travail Philippe Domergue réduit les portraits d’enfants à un format <1cm, soit approximativement le format des points de trame d’une image de Mère fortement agrandie (3 x4m).

Lors de la manifestation, il découpe et colle ces portraits réduits, à la place des points de trame, directement sur l'affiche. Les visages ne deviennent perceptibles qu'en s'approchant suffisamment du portrait de la Mère.

De près, dans la structure de l'image, des visages d’enfants. De loin, l'image de la Mère seule, criant ses enfants disparus. La disparition optique comme métaphore de la disparition physique.


Argentine enfants disparus - étude 2, 1988, photoréduction, collage sur papier, 20x30cm.


Argentine enfants disparus - étude 3, 1988, photoréductions, collage sur papier, 20x30cm.


Argentine enfants disparus - étude 4, 1988, photoréductions, collage sur papier, 40x60cm, 1988

Madre y ninos, 1988, photocopie laser grande largeur sur papier, collage de microportraits, 300x400cm.


Document photo de l'intervention publique, découpe et collage des portraits d’enfants sur celui de la Mère (sur panneau publicitaire Giraudy). 

Manifestation en soutien aux Mères de la place de Mai, Perpignan, 1988.