amarnath

« Revisitée par le plasticien qui ne cache pas ses gestes, l’image photographique n’est plus seulement la vision abstraite de « ce qui a été », une sorte de vue de l’esprit, elle désigne au présent une physique de l’esprit des lieux. Le marouflage lui donne du corps, un corps dont la plasticité fait narration, racontant par la gestuelle ainsi exposée une geste, une épopée des déplacements humains. »
Mireille Calle-Gruber, Philippe Domergue Images de la capture, 2020

 

 

La grotte sacrée d’Amarnath est située en Inde du nord dans l’Himalaya à 3900m d’altitude. Chaque année pour la pleine lune d’août des milliers de personnes de toutes conditions s’y rendent en pèlerinage. Philippe Domergue a vécu et photographié cette marche sacrée.

Métaphore de son cheminement d’artiste, la série Amarnath questionne les limites de nos représentations (mentales ou symboliques) à travers celles de l’image photographique.

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Cette œuvre propose de partager mentalement et physiquement le 1er temps fort de la marche vers Amarnath à travers un dispositif visuel hybride.

L’image photographique a été agrandie et augmentée avec des branches arrachées et polies par le cours d’une rivière en crue. L’épure du bois symbolise celle du marcheur franchissant les étapes successives de son itinéraire.

Amarnath 1, 1998, 64 images photographiques en impression laser 30x42cm (54 n&b et 10 couleur) marouflées sur bois (4 panneaux indépendants en contreplaqué monté sur châssis et juxtaposés) et bâtons de bois flotté, 245x345x10cm.

 

7 bâtons marouflés sont répartis sur le champ de l’image agrandie à échelle réelle et divisée en 64 éléments. Les bâtons scandent la marche des pèlerins et invitent le regardeur à se joindre à eux. 2 bâtons sortent du cadre, pointant les limites de la représentation photographique bidimensionnelle. Les visages et mains de certains personnages sont traités en couleur et/ou bas-relief pour maintenir nos sens en éveil et entretenir un doute perceptuel. Les 10 « fenêtres-couleurs » actualisent les personnages par une sorte d’effet de réel dû au contraste noir et blanc / couleur.

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Cette installation fait référence au 2ème temps fort du pèlerinage d’Amarnath : le franchissement d’un glacier à plus de 4000m d’altitude, ultime épreuve avant l’accès à la grotte sacrée. Comment restituer l’intensité et le caractère épique de cette expérience ? Ce défi conceptuel a amené l’artiste à une proposition paradoxale, entre image et sculpture : une installation en forme de palissade qui vient gêner la fluidité du regard de l’observateur. Une barrière optique pour mobiliser la participation du regardeur et l’impliquer d’avantage dans l’acte de voir.

Amarnath 2, 1998, 64 images photographiques en impression laser 30x42cm marouflées sur bois et 58 bâtons de bois flotté, (4 panneaux indépendants en contreplaqué monté sur châssis et juxtaposés), 260x345x10cm.

 

Les bâtons alignés, à la fois « dans » et « hors-champ », invitent à franchir les limites ontologiques de l’image. Ils nous incitent à dépasser nos propres limites perceptives et à sortir du confort optique de la représentation photographique habituelle.

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Une image photographique prise dans la grotte avec des pèlerins est agrandie à l’échelle 1, divisée en 64 parties et mise en scène de façon à mettre le regardeur en situation de vision et d’écoute intenses. Un espace semi clos évoquant la caverne enveloppe le public. Une lumière étrange irradie les parties claires de l’image elle-même augmentée d’un arbre qu’elle absorbe en partie. L’environnement sombre et mat amorti le son, augmente l’image, appelle à la contemplation et fait écho au temple intérieur de chacun (en référence aux icônes byzantines qui proposaient une expérience sensorielle avec musique et encens).

Amarnath 3, 2000-2018, 64 images photographiques 30x42cm (62 en n&b, 2 en couleur) impression laser marouflées sur panneaux bois et arbre mort, lumière noire, éclairage LED, son spatialisé, sable, encens, h: 360cm l: 230cm p: 60cm. Chapelle nord-ouest de l'église du Prieuré de Marcevol, Arboussol.


Amarnath 3 (avec chambre acoustique), 2013, images photographiques en impression laser marouflées sur panneaux bois et arbre, lumière noire, son spatialisé, caisson en plaques de liège expansé sur ossature bois, 360x230x250cm. Mas Saint Jacques, Bompas (atelier de l'artiste).

 

Le caisson en liège dont les parois sont rapprochées au maximum et en entonnoir, crée une enveloppe sensorielle intime invitant le public au lâcher prise et peut être à éprouver ce sentiment océanique emprunté à la tradition indienne et qui peut se traduire par une sensation d'éternité, de plénitude, d'unité avec l'univers.